Et si la #décroissance incarnait une sorte d’école de la synthèse – dans laquelle on retrouverait les tenants de la post-croissance, ceux de l’écologie radicale, du post-développementalisme, de l’éco-féminisme, les approches du CARE et de la pleine conscience, ceux du not for profit organization très inspirés par l’économie sociale et solidaire – et qui incarnerait une réelle alternative : diminuer la consommation et la production.
Je rappelle très souvent qu’en 1972, un tournant s’est opéré. Les grandes institutions internationales se sont emparées de la question écologique et plus tard du développement durable. Elles en ont fait une douce berceuse, éteignant du même coup toutes les contestations possibles. Durant le sommet de Stockholm, on parle peu du rapport #Meadows car les craintes sont ailleurs. Les pluies acides, l’affaire du DDT, les essais nucléaires, la guerre du Vietnam ont allumé de nombreux feux qu’il convient d’éteindre. Certains mouvements font extrêmement peur aux organisateurs du Sommet de Stockholm, notamment celui de l’écologie profonde et de l’écoféminisme. Maurice Strong, qui a été à la baguette de ces grands sommets, a résumé cette situation dans son autobiographie. Il rappelle ainsi pourquoi le sommet de Stockholm pousse l’éco-développement d’Ignacy Sachs, introduisant la culture à côté de l’écologie et de l’économie. L’éco-développement est plus « soft », plus politiquement correct, et plus facilement manipulable car c’est une réflexion de chercheur. Ceci se vérifiera très vite lors des sommets suivants, puisque l’on hésitera pas à passer de l’éco-développement au développement durable. Nous nous sommes retrouvés ainsi avec une définition qui a fait le tour de la planète et est entrée dans tous les manuels, le développement durable est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Pour certains, c’était une victoire, pour ma part, c’était une mise en bouteille de toutes les alternatives possibles… Nous avions ainsi hérité du développement durable, il fallait faire avec. Les grands sommets (Rio + 20, Stockholm 2022) continuent à surfer sur cette vague, en incluant désormais les Planet Boundaries… Ils sont désormais relayés par les COP qui placent au sein des questions environnementales, celles du Climat … et là on entre dans le ballet diplomatique.
Tout ceci pour dire que les questions environnementales comme les questions sociales ne trouveront jamais de solutions dans des tours carrés, rondes ou faisant plusieurs dizaines de mètres. Le changement fait énormément peur aux gouvernements et aux grandes institutions. La décroissance en fait partie, elle implique une forme de sevrage et un déconditionnement qui génèrent une levée de boucliers. Il faut alors rester « soft » et parler de sobriété, nous sommes en train de revivre 1972, cependant les enjeux ne sont plus les mêmes et certains n’ont pas oublié comment on en est arrivé là.


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