Mes travaux de recherche touchent 6 domaines : (1) Histoire des savoirs et de la pensée économique, (2) Modélisation et dynamique des systèmes, (3) Analyse du système capitaliste, (4) Décroissance et post-croissance, (5) Développement durable et son éducation, (6) Innovations agricoles
HISTOIRE DES SAVOIRS ET DE LA PENSEE ECONOMIQUE
Dans cet axe de recherche, nous avons cherché à donner toute sa place à une dimension qui est minorée dans les travaux d’histoire de la pensée économique sur longue période. Traditionnellement l’histoire de la pensée économique présente les grandes périodes qui ont rythmé l’évolution de la discipline, les auteurs, connus ou moins connus, les théories, les concepts ; parfois il est fait référence aux présupposés philosophiques et épistémologiques des auteurs, mais il n’est pas usuel que l’on mette en avant les relations qui ont pu exister ou qui existent encore entre l’évolution de la physique et celle de l’économie politique ou de la science économique (Pribram, 1986 ; Mirowski, 1989). Cela semble une faiblesse car il ressort depuis longtemps que les économistes ont été influencés directement ou indirectement par les progrès réalisés en physique et les modèles des sciences naturelles.
Bien sûr cette influence a pris des formes diverses. Mais globalement les progrès de la physique ont incité les penseurs du social et les économistes à reconsidérer leur façon d’appréhender les savoirs. Les économistes ont tout d’abord été influencés par un schéma général qu’ils ont cherché à transposer dans leur disciple. L’attrait des sciences physiques les a souvent conduit à se référer à l’ordre physique pour se représenter le monde social, puis ils ont été amenés à importer des concepts ou des lois originaires de la physique pour les utiliser comme outils d’analyse économique. La méthode scientifique envahissait ainsi le domaine de l’économie politique. En vérité, depuis longtemps, les économistes ont cherché à obtenir des résultats aussi spectaculaires et convaincants que ceux des physiciens. Pour nombre d’entre eux, l’ambition fut de donner à l’analyse des phénomènes sociaux, et en particulier des phénomènes économiques, le statut et la forme d’une physique sociale. Cette influence s’est traduite dans le vocabulaire, dans la démarche et dans la conception du monde social. Nous croyons donc que l’histoire de la pensée économique est aussi une histoire de l’influence exercée par la physique, par les physiciens et par le monde physique sur les économistes. Nous avons dégagé cinq grandes phases dans l’histoire de la pensée économique :
Dans une première phase, le traitement des questions économiques relève toujours in fine d’autres disciples que l’on peut qualifier d’englobantes : la philosophie, la politique, la morale, la religion. S’il est difficile de définir la borne initiale de la période, disons l’époque des grands philosophes grecs, il est plus aisé d’en situer la fin aux alentours des 12ème et 13ème siècle.
La deuxième phase, qui s’étend du 13ème à la fin du 15ème siècle, est une phase de questionnement, d’interrogation sur cette manière de traiter les questions économiques. C’est une phase d’émancipation progressive par rapport à une théologie morale omnipotente. Nous soutenons la thèse que cette évolution dans l’analyse économique, par delà les explications habituelles et correctes, – regain dans le dynamisme de l’économie réelle, émergence et développement du pouvoir des nouvelles classes sociales dont les intérêts sont fondamentalement économiques, naissance de nouveaux courants de pensée…- doit aussi beaucoup à l’évolution de la réflexion dans le domaine de la physique.
La question qui se pose ici est celle de la nature de l’influence des mutations de la physique sur l’économie. L’élément premier semble avoir été une fragilisation de la conception néo-aristotélicienne du monde dans ses diverses dimensions, physique et métaphysique. Bien que d’une grande cohérence globale la physique aristotélicienne a toujours présenté quelques faiblesses qui vont susciter des interrogations puis des remises en causes plus profondes. Mais, comme nous le verrons, la physique et la métaphysique aristotéliciennes formant un tout, la fragilisation de la première eut pour conséquence un affaiblissement de l’ensemble. A cela il faut ajouter une évolution dans les buts visés par les penseurs. Ils ne vont plus se limiter à donner une représentation de tel ou tel phénomène –physique ou social – compatible avec la morale philosophico-religieuse mais ils vont tenter de plus en plus souvent d’articuler les préceptes moraux et des pratiques concrètes en pleine mutation. Autrement dit l’analyse va chercher à concilier de plus en plus morale et efficacité ; et lorsque la tension sera trop forte, des penseurs privilégieront la vision utilitariste au détriment de la conception morale. Pour résumer cette période, nous dirons que c’est celle d’une remise en cause croissante du monde néo-aristotélicien et donc de toutes ses représentations dont celles qui renvoient à l’économique.
La troisième phase est en quelque sorte l’aboutissement de la précédente. Elle commence à la fin du 15ème et se termine au 19ème siècle ; son début est marqué par des événements scientifiques qui représentent la fin d’une époque et le début d’une autre : la mort de la science ancienne et la naissance de la science nouvelle. Mais cette révolution est globalement la fin d’une conception du monde. Non sans difficulté, les hommes vont pouvoir et devoir penser le monde autrement. Les lois divines vont laisser de plus en plus la place aux lois mécaniques, même si parfois les deux sont confondues. Les lois mécaniques vont s’imposer au monde matériel mais également au monde des hommes. L’influence des bouleversements dans les sciences physiques sur l’analyse économique va changer de nature. Dans la période antérieure nous étions plutôt dans le registre du permissif et de l’incitatif : les coups portés par certains penseurs médiévaux à la physique dominante ont fissuré l’ensemble de la représentation du monde et incité, avec d’autres facteurs, à repenser l’économie. Dans la troisième phase, la conception mécaniste du monde et les méthodes qui permettent de l’expliquer vont devenir des modèles pour les penseurs qui s’intéressent à l’économie. Le moment le plus emblématique de cette période est la constitution de la représentation newtonienne de l’ordre physique du monde. Celle-ci va devenir une référence pour de nombreux penseurs de la société. Ils vont chercher à formuler des lois explicatives de la régulation de la société qui possèderaient les mêmes vertus que les loi de la physique terrestre et céleste.
La quatrième phase nous renvoie au 19ème siècle. Un siècle marqué par la révolution industrielle et l’invention de la machine à vapeur. La physique classique, inaugurée par Newton et Galilée, sera mathématiquement et statistiquement formalisée (on parle ainsi de physique mathématique et de physique statistique). Cette science devient rapidement la reine des sciences et donne naissance à un système de pensée, le mécanisme. La philosophie morale d’Auguste Comte cherchera à étendre cette perspective à toutes les sciences. Des économistes tels que Jean-Baptiste Say, James Stuart Mill, John Mc Cullock… seront ainsi sensibles à la méthode et aux lois des sciences physiques. D’autres, comme Auguste Walras, Jules Dupuit, Henri Baudrillart, Joseph Garnier… reviendront sur le statut scientifique de l’économie politique. La figure emblématique de cette période sera cependant Léon Walras. La parution des Eléments d’économie politique pure (1874) et la rédaction de l’article « Economique et Mécanique » font de l’économie politique, une science psychico-mathématique. Cette dernière renvoie à la mécanique céleste de Newton, à la mécanique rationnelle de Leibniz ainsi qu’aux lois mathématiques définies par l’équation différentielle (Henri Poincaré).
La cinquième phase commence dès 1905. Au moment où l’économie politique obtient le statut de science pure, les sciences physiques sont engagées dans une véritable révolution. Toutes les fondations sont remaniées de fond en comble. Des concepts aussi fondamentaux que le temps, l’espace, la continuité, la particule, l’atome… sont remodelés. Ce ne sont pas seulement les théories physiques qui se renouvellent, ce sont également les conceptions du monde. Trois ruptures retiendront l’attention des scientifiques. La première souligne que le rapport aux mathématiques change ; la deuxième insiste sur la courbure de l’espace et la relativité temporelle ; la troisième renvoie à la théorie de la mesure (les physiciens s’aperçoivent qu’il n’est plus possible de mesurer un système sans le perturber). Cet ébranlement des fondements philosophiques de la science classique contraste avec les certitudes de l’économie mathématique. Un programme enclenché dès la seconde guerre mondiale, fait de la théorie de l’équilibre général, un outil au statut prometteur.
Une nouvelle génération d’économistes, parmi laquelle on croise Kenneth Arrow, Maurice Allais, Gérard Debreu, Paul Samuelson… s’appuiera sur les sciences exactes (la physique, la thermodynamique, les mathématiques) afin de déterminer les conditions d’existence, d’unicité et de stabilité de l’équilibre général. Si les sciences physiques ont leur machine (les accélérateurs de particules) et leurs gros calculateurs, l’économie mathématique n’est pas en reste. La puissance des ordinateurs associée à la modélisation, permet d’envisager différents scénarii possibles. Comme les physiciens, les économistes accèdent au statut d’expérimentateur et de théoricien. Cet état d’euphorie marquera le pas dans la première moitié des années 70.
Au moment où la théorie orthodoxe semble ébranlée (le théorème d’impossibilité de Sonnenschein-Mandel-Debreu (Le théorème SMD précise qu’il n’est pas possible de déduire à partir des comportements maximisateurs des ménages et des entreprises en concurrence parfaite des conditions sur la forme des offres et des demandes), les sciences physiques redoublent d’efforts afin de retrouver une certaine unité. Le passage de la théorie électrofaible (TE) aux théories de grande unification (TGU) suggère qu’il serait possible de découvrir une théorie du tout (Theory of Everything). Espoirs vite déçus, au moment où la physique se dirigeait vers un nouvel agencement de l’Univers, où tout semblait ordonné autour d’une théorie unifiée, le chaos accède au statut de concept théorique. La physique du Chaos remet à l’ordre du jour des questions d’ordre épistémologique. Les systèmes non dynamiques et l’imprévisibilité engendrent un nouveau rapport à la connaissance et recèlent potentiellement de nouvelles visions du monde. Ce qui change en physique, ainsi que dans d’autres disciplines, c’est le rapport à la complexité. Les modèles de type mécaniste l’avaient traditionnellement évacué de leur champ d’étude pour la reléguer au rang des erreurs et des incertitudes. La complexité et l’analyse systémique sont désormais réhabilitées. Avec la théorie du Chaos, les physiciens et les économistes se trouvent en mesure de s’attaquer à des phénomènes tels que ceux liés aux masses d’air, aux irruptions volcaniques, aux variations des cours des actifs financiers, aux risques systémiques…
Notre horizon temporel s’étend du 12ème au début du 21ème siècle, ce qui correspond à la période qui va de la deuxième à la cinquième phase de la fresque historique que nous venons de présenter. Dans ce qui suit, nous avons choisi de revenir sur trois points importants de notre recherche. Nous avons tout d’abord voulu (1) souligner la fascination des économistes pour la physique newtonienne (mais également celle de Descartes en France), à travers notamment les travaux d’Adam Smith. Cette fascination intervient à un moment charnière pour l’économie politique (2), c’est ce que nous avons appelé le basculement vers la science économique. Les économistes du 19e siècle vont chercher à définir une méthode scientifique, issue dans un premier temps du raisonnement philosophique (l’art de raisonner) puis dans un second temps, des modèles et des outils (mathématiques) de la physique. Les travaux d’Auguste et de Léon Walras illustrent très bien ce basculement épistémologique. L’économie politique devient une science en s’écartant du discours philosophique (Auguste Walras considère encore que la philosophie est la reine des sciences) et en se référant aux analogies mécanistes (dont la plus emblématique est celle de l’équilibre). Avec Léon Walras, la science économique adoptera définitivement le langage de la physique (les mathématiques) et ses concepts clés (force, poids, équilibre statique, équilibre dynamique…), initiant par la même occasion, un futur programme de recherche pour la communauté des économistes. Nous préciserons à la suite de cette présentation (3), les perspectives que nous souhaitons donner à cet axe de recherche.
Un ouvrage en collaboration avec Hervé Guillemin a été publié en 2016. Son titre : « L’économie au miroir de la physique, du 12e au 18e siècle ». Il est préfacé par Donald Walker. L’objectif de cet ouvrage est de donner toute sa place à une dimension qui est minorée dans les travaux d’histoire de la pensée économique sur longue période. Traditionnellement l’histoire de la pensée économique présente les grandes périodes qui ont rythmé l’évolution de la discipline, les auteurs, connus ou moins connus, les théories, les concepts ; parfois il est fait référence aux présupposés philosophiques et épistémologiques des auteurs, mais il n’est pas usuel que l’on mette en avant les relations qui ont pu exister ou qui existent encore entre l’évolution de la physique et celle de l’économie politique ou de la science économique (Pribram, 1986 ; Mirowski, 1989). Cela semble une faiblesse car il ressort depuis longtemps que les économistes ont été influencés directement ou indirectement par les progrès réalisés en physique et les modèles des sciences naturelles. Trois chapitres de cet ouvrage ont été présentés lors d’un séminaire CHSE (Lille 1, juin 2012), TRIANGLE (Lyon 2, avril 2013) et Histoire des Sciences et Techniques (Lyon 1, 2016). Deux ouvrages, toujours en collaboration avec Hervé Guillemin, sont prévus en 2025 (19e siècle) et 2030 (20-21e siècles).
MODELISATION ET DYNAMIQUE DES SYSTEMES
Cet axe de recherche entend analyser les systèmes complexes à l’aide de la méthodologie issue de la dynamique des systèmes. Les modèles utilisés renvoient à ce que l’on a coutume d’appeler des modèles à intégration assignée (integrated assessment models). Nos travaux se sont concentrés sur trois aspects de la modélisation : (1) une analyse du modèle iSDG que nous avons cherché à appliquer au cas français et burkinabé (échelle nationale); (2) une extension du modèle à l’échelle territoriale (notamment au niveau des EPCI), (3) enfin une adaptation du modèle à l’échelle des villes (afin d’intégrer des questions des objectifs du développement durable. Ces trois échelles se sont complétées par une autre thématique, l’économie circulaire.
Ce travail de recherche a généré la famille des LOOP (Living On One Planet) modèles déclinés au niveau des trois échelles. Le cas du Burkina Faso a fait l’objet d’un travail de thèse (Henri Sourgou, CERDI) autour des questions de sécurité alimentaire (c’est le IAM LOOP : Integrated Assessment Model for Living On One Planet). Le cas des échelles territoriales a pris la forme d’un double financement, le LABEX (CERDI) et l’AUF, c’est le projet IATB LOOP (Integrated Assessment Tools Box for Living On One Planet). L’échelle des villes a été recentrée autour de l’économie circulaire, c’est le projet CE-LOOP (Circular Economy for Living One One Planet). Enfin, une adaptation des modèles LOOP est en cours de réalisation, notamment dans le cadre du projet EMS LOOP (Energy Mix Strategies for Living On One Planet). Ce dernier modèle entend adapter le modèle iSDG au cas des entreprises, ici la compagnie pétrolière SONATRACH (Algérie).
Le travail actuel est centré sur la production de deux ouvrages, un ouvrage regroupant des outils de l’analyse systémique adaptés au territoire (2023) et un ouvrage de dynamique des systèmes pour les économistes (2024) permettant notamment de comparer la dynamique des systèmes à l’économétrie.
ANALYSE DU SYSTEME CAPITALISTE
Depuis près d’un siècle, le capitalisme a toujours été présenté en faisant référence à l’opposition entre le libéralisme et le communisme. D’un côté, on précisait les traits fondamentaux du système capitaliste (propriété privée des moyens de production et d’échange ; concept de marchandises et de marchandisation de l’économie; liberté de vendre, d’acheter et de passer des contrats ; fraction importante de la population vendant sa force de travail contre une rémunération), de l’autre, on rappelait que le capitalisme était avant tout un mode de production, historique et daté. Il se caractériserait par une forme bien précise des rapports d’échange (relations marchandes entre agents économiques) et de production (rapports de propriété, rapport de classes). Ces deux approches présentaient toutefois un inconvénient de taille: elles insistaient sur le fait qu’il n’existait qu’une seule façon d’organiser ces deux rapports fondamentaux ou que la diversité des économies pourrait être réduite à quelques points communs d’un système.
Nos travaux ont cherché à appréhender la question de la diversité du capitalisme européen en privilégiant cinq pistes de réflexion. Nous sommes tout d’abord partis de différents cadres théoriques préexistants (travaux de Shonfield, Boyer, Amable, Solkice, Hall…) pour élaborer un corpus théorique (principalement institutionnaliste) dédié à la diversité du capitalisme européen (Amable, 2009, 2005, 2004). Ce cadre nous a permis d’identifier différents modèles socioéconomiques nationaux (français, suédois, allemand, hollandais, anglais, danois), puis d’étudier les interactions de ces modèles avec la construction européenne. Certaines voies suivies par l’Europe reflètent à la fois, le succès de ces modèles et la volonté d’un certain consensus. Cette analyse nous a cependant obligé à revenir sur les prémisses de certains modèles, notamment les sources d’inspiration libérale. Nous avons proposé une grille de lecture du néolibéralisme, en partant de la crise de 1929 jusqu’à nos jours. Nous avons souhaité présenter une synthèse de nos travaux en nous appuyant sur sept mécanismes susceptibles d’insuffler une véritable dynamique à la diversité du capitalisme européen. Ces mécanismes sont susceptibles de stabiliser les modèles ou au contraire d’amplifier les chocs exogènes, c’est le cas notamment des crises et des cycles. Enfin, nous interrogeons la diversité du capitalisme au regard du processus de marchandisation et de croissance économique d’afin d’amorcer le virage de la décroissance et de basculer vers une société de post-croissance.
Ce volet de recherche a donné lieu à trois colloques, l’un sur la crise financière (février 2010), l’autre sur le capitalisme (février 2011). Un ouvrage intitulé Les enseignements de la crise des subprimes a été publié aux Editions Clément Juglar en 2011. Un ouvrage intitulé Heurs et malheurs du capitalisme a été publié aux éditions Oeconomia en mars 2013. Un ouvrage sur la diversité du capitalisme est paru en 2016. Le dernier colloque a pris la forme de journées Latouchiennes de la décroissance.
DECROISSANCE ET POST CROISSANCE
La décroissance, projet politique ou nouveau paradigme, apporte sans conteste un regard nouveau sur notre modèle de société. La collection Les pionniers de la décroissance, lancé par Serge Latouche, donne un aperçu de toute la littérature existante sur le sujet. La décroissance suscite un ensemble de questionnements qui ont donné lieu à de véritables programmes de recherche : (1) réaliser un travail synthétique et ambitieux sur l’économie politique de la décroissance (ce travail a été effectué par Timothée Parrique dans le cadre d’une thèse et d’un projet européen AdaptEcon), (2) analyser différents paradigmes relevant de la décroissance et sur lesquels la décroissance pourrait reposer (ici la bioéconomie et une économie Not For Profit, deux thèses produites par Jennifer Hinton et Thérèse Bennich ), (3) Amorcer une réflexion autour des driving forces de la décroissance et notamment un point bascule qui serait la baisse radicale du temps de travail (une thèse est en cours de réalisation et conduite par Grace Robinson dans le cadre d’une bourse de thèse obtenue via l’Académie 20 – 25), (4) comprendre le passage d’une décroissance à la post croissance, (5) et enfin proposer une décroissance en tant que porte de sortie de l’économie afin de poser les bases d’une philosophie politique de la décroissance (retour sur les valeur incarnées par la décroissance).
Ces réflexions doivent être mises en parallèle avec la création de l’Observatoire de la décroissance et de la post-croissance, le 1er avril 2022. https://opcd.co
LE DEVELOPPEMENT DURABLE ET SON EDUCATION
Depuis 1987 et le Rapport Brundtland, le concept de développement durable (DD) occupe une place de choix dans les travaux des scientifiques, les rapports des institutions internationales (Banque Mondiale, OCDE, CNUED), les discours des hommes politiques et les actions de la société civile (notamment des ONG). Tous les manuels scolaires et les ouvrages universitaires ne manquent pas de rappeler que « le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs » (CME, 1988, p. 51) et de revenir sur les deux concepts clés inhérents à cette définition. La notion de besoins – et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis – constitue une priorité. Par besoins essentiels, il faut entendre la satisfaction des besoins physiologiques (se nourrir, se loger, se vêtir…) mais également l’aspiration à une vie meilleure. Pour ce faire, le rapport préconise un certain niveau de croissance (là où ces besoins ne sont pas satisfaits) compatible avec les limites du possible écologique. La notion de limitations (que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir) rappelle d’une part, que la croissance n’est pas illimitée et d’autre part, qu’elle peut occasionner des conséquences néfastes sur l’environnement et sur le bien être des populations (notamment en creusant le verset des inégalités).
Fort de ce constat, nos travaux de recherche se sont constitués autour de quatre axes. Le premier axe revient sur l’émergence du concept « développement durable » et la montée en puissance de la question environnementale dans les débats scientifiques. Nous avons ainsi pu rendre compte de la véritable originalité du rapport Brundtland, des écrits des Nature Writers ou encore de la place importante donnée à l’écodéveloppement. Le deuxième axe s’est focalisé sur nos représentations du développement durable. Nous avons proposé une représentation du développement durable à partir des six clés d’entrée suivantes : 1° Une entrée par les questions de société ; 2° Le recours à la transdisciplinarité et à la pensée complexe ; 3° l’utilisation d’une méthode scientifique, l’analyse systémique ; 4° l’inscription du développement durable dans échelles spatio-temporelles ; 5° la détermination de 5 piliers (environnemental, économique, social, culturel, gouvernance) ; 6° la prise en compte des valeurs et des grands principes du développement durable (responsabilité, solidarité, précaution, participation…). Le troisième axe s’est appliqué à replacer le développement durable vis à vis de différents courants de pensée : écologie politique, écologique industrielle, buen vivir et décroissance. Ces courants de pensée se positionnent à la fois comme des lieux de légitimité ou de remise en cause du développement durable. Enfin le quatrième axe aborde les questions d’éducation au développement durable. L’idée étant que l’éducation au développement durable doit nous amener à modifier nos comportements en matière de production et de consommation. Dans ce dernier axe, nous avons donné à notre champ de recherche, un terrain d’expérimentation en créant un diplôme d’éducation au développement durable
ANALYSE DE LA SUPPLY CHAIN ET DES INNOVATIONS AGRICOLES
L’analyse agricole est ici appréhendée à partir de l’émergence et la diffusion de nouveaux modèles d’organisation. L’un des concepts fondamentaux de cette économie de l’innovation, c’est la Supply chain. La Supply Chain Management assimile les filières à des chaînes de valeur dont il convient de préciser le rôle et la fonction des différents acteurs (la logistique y occupe une place importante). Les apports théoriques reposent sur l’économie des coûts de transactions, les approches institutionnelles (signes de qualité, coopératives…), les effets de confiance et de réputation, l’apparition des formes hybrides (économie de marché et économie des coûts de transaction) et l’économie sociale et solidaire.
Les études empiriques sont pour la plupart liées au monde agricole. Elles s’appuient sur des filières produits (OGM/ cultures de qualité), le développement des NTIC et des systèmes d’information, l’évolution des formes institutionnelles et les innovations sociales
Ce volet de recherche renvoie à plusieurs expériences d’expertise : poste de Consultant (1998) à la société RCM Conseils (Beauvais, 60), d’enseignant chercheur à l’ISAB de BEAUVAIS, d’expert pour le compte de la Commission européenne et d’analyse des marchés à terme. Différents rapports et études commandités par la Mission scientifique du Consulat de France à Chicago, le Parlement européen, et le Commissariat Général au Plan.
– Analyse de la filière OGM américaine, des cultures de qualité et des systèmes d’information (1999-2000-2001), partenaire : la mission scientifique du Consulat de France à Chicago (Bernard Charpentier, Laurent Buisson). Ceci a donné lieu à plusieurs rapports diffusés au Ministère des Affaires Etrangères, au Ministère de l’Agriculture, et à différents organismes publics et privés.
– Etude européenne (DG XII, 1999) des enjeux techniques et économiques des OGM ainsi que des liens recherche publique – recherche privé, partenaire : INRA Grignon (Jacques Blanchet). Ceci a donné lieu à un rapport scientifique et économique, déposé au Parlement Européen. Ce rapport a permis de faire une enquête auprès des grandes firmes agrochimiques sur la recherche et le développement et la commercialisation des plantes transgéniques (Monsanto, Novartis, Dow, Limagrain, Zeneca).
– Programme de travail piloté par l’INRA GRENOBLE (Stéphane Lemarié, SERD) sur la possible adoption des OGM par les agriculteurs français. (2001 – 2002) Cette étude a été commandée par le Commissariat Général au Plan : Analyse de la concurrence et des prix dans la filière semence et produits phytosanitaires.
Les projets concernant cet axe se focalisent aujourd’hui sur la question des crises agricoles et du fonctionnement des marchés à terme (notamment la financiarisation des marchés de matières premières). Un ouvrage collectif a été publié en mai 2019.
